Publié le par Andréanne Marquis

Réinventer la roue, ou quand tout a déjà été dit
 
Variations sur une panne d'idées.

 

 

Ne plus rien avoir à dire. La même peur qui revient toujours. Chaque fois que j'ouvre mon logiciel de traitement de texte, chaque fois que j'écris TITRE TITRE TITRE en gras dans l'en-tête, comme si les majuscules allaient crier assez fort pour que ledit TITRE vienne de lui-même. Je pense qu'il est sourd.

 

500 mots à adresser à personne et à l'Internet entier. Ce n'est pas rien. Peut-être que le poids est trop lourd pour mes doigts qui trottent sur le clavier. À la longue, ils se fatiguent.

 

 

Ne plus rien avoir à dire. La page blanche me nargue et m'aveugle. Mes yeux piquent, mon lit m'appelle, mon téléphone sonne aux 15 minutes : « RAPPEL – deadline dans 1 jour. » D'habitude, le délai procrastinatoire fait son œuvre et toute ma créativité explose sur l'écran à la dernière minute (ou celle d'après). Pas là. Mon cerveau a beau surchauffer, je suis loin de l'éclair de génie.

 

Selon Wikipédia, l'écriture serait apparue en Mésopotamie vers 3100 av. J-C. En cinq millénaires de gribouillis, charabias et épopées lyriques, on pourrait penser qu'on a fait le tour. Le fond du puit d'inspiration a sûrement été atteint, quelque part entre la Bible et Le sac de chips. Que puis-je bien avoir à ajouter?

 

« Celui ou celle qui fait de la musique pop ne cherche pas à inventer une nouvelle histoire, mais bien à raconter la même histoire d'une façon nouvelle et intéressante. » ᴄʜʀɪsᴛᴏᴘʜ ɴᴇɪᴍᴀɴɴ

 

Trouver un sujet unique et pertinent alors que 1400+ articles de blog joignent la toile chaque minute, c'est tout un contrat. Peut-être que l'originalité est effectivement dans la façon d'en parler. On ne réinvente pas la roue, on ne réinvente pas les mots, mais on peut les tourner dans l'autre sens.

 

Ne plus rien avoir à dire, mais essayer quand même. « RAPPEL – deadline aujourd'hui. » Regarder les lettres, regarder le vide, verser une larme, verser une autre tasse de café. Je pense aux écrivain-e-s de romans et j'ai envie d'applaudir. Longtemps, je me suis couché de bonne heure, écrivait Proust, mais pas moi ce soir certain.

 

« Pense, pense, pense. » En général, dans la vie, ce qui est forcé est voué à l'échec. C'est vrai pour les relations humaines comme pour l'art. (Notez que je ne prétends pas en faire.) Trop d'acharnement tue l'authenticité. C'est comme une dissertation scolaire sur un thème beaucoup trop générique. « Depuis la nuit des temps... » « Aujoud'hui je vais vous parler de... »

 

Sujet amené, posé, divisé. Sauf que le sujet ne s'amène pas, je me pose des questions et ma motivation se divise par dix. La roue que je n'arrive pas à réinventer tourne, tourne, tourne dans ma tête comme les aiguilles sur l'horloge. Tic-tac, tic-tac. Finalement, j'ai dépassé mon deadline. Bon, OK. Enregistrer, envoyer.

 

Un jour je gagnerai peut-être un Pulitzer. Pour l'instant, je me contenterai d'une couple de mentions J'aime.