Publié le par Andréanne Marquis



Mon chum, c’est ma carrière

« Chaque relation nourrit une force ou une faiblesse en vous » – Mike Murdock

 

Une rupture, c’est jamais agréable. Même quand c’est pour le mieux. Y’a des fois où ça se fait dans le respect, où c’est presque doux. Tellement qu’on aurait plutôt aimé que ça fasse mal, un peu comme quand on s’écorchait les genoux sur l’asphalte dans le temps. Ça faisait mal sur le coup, on mettait un plaster, puis on l’arrachait quelques jours plus tard. La douleur nous frappait deux fois plutôt qu’une mais après, on était good to go. Là, t’endure une foulure de grande personne, qui nécessite bien des rendez-vous de physiothérapie.

Y’a des fois où tu t’attends à la finalité, mais tu refuses de te rendre à l’évidence. Parce que de se dire que l’aventure est peut-être sur le point de se terminer, c’est un peu comme d’abandonner. C’est de rendre les armes, de se résigner. Quand on se convainc que le cul-de-sac ne nous attend pas au prochain détour, les chances que ça se produise sont réduites, non? Alors tu chasses l’idée, tu la tasses dans un recoin de ta tête.

Je n’ai jamais eu de chum. Bien des flirts, mais pas de relation à long terme. Ce qui s’en est le plus rapproché pour moi, c’est ma carrière. Je me suis presque trouvée pathétique en écrivant le titre, comme si je n’avais pas de vie en dehors de ma job. L’affaire, c’est que j’ai choisi un milieu qui me passionne. C’est avec lui que je vis à tous les jours, et que je vivrai jusqu’à la toute fin. Ma relation professionnelle sera la plus longue d’entres toutes.

 

 

Je n’ai pas choisi ma profession parce qu’elle me complète, mais bien parce qu’elle me fait me sentir complète, qu’elle fait ressortir le meilleur de ma personne. Comme ton chum devrait te faire sentir en fait. Que ce soit ton reflet ou ton total contraire, tu fit avec parce qu’il te rend meilleure. Tu n’es pas ton travail, mais ton travail c’est toi tout craché. Il te convient parce qu’il fait ressortir tes aptitudes et tes qualités les plus fortes, il les met à profit. J’ai toujours dit qu’en amour, l’expression que j’entends souvent et qui m’écœure le plus c’est « trouver sa moitié pour enfin être complète ». Ark, ark, ark : tu es une personne à part entière. C’est la même affaire pour le travail.

Je ne compte pas mes heures, tellement que parfois, j’en viens à oublier de me faire payer certaines d’entres elles. Je n’ai pas l’impression de travailler et je le souhaite à tout le monde; ce ne devrait pas être un luxe d’avoir envie de se lever à chaque matin. Mais tu sais que chacun de ces mêmes matins te rapproche d’une fin. Qui sait quand tu vas te faire mettre à la porte, ou tout simplement quand tu décideras toi-même de quitter pour une nouvelle aventure? C’est ça la vie, un flot constant de changements. Tu te rapproches d’une fin, en ayant toujours le début d’un autre quelque chose qui attend un peu plus loin. Comme un livre au fond; un chapitre n’attend pas l’autre.

Même si tu aimes quand ça bouge, quand c’est surprenant, quand ça peut changer à tout moment, sans grand avertissement, ça fait mal de se retrouver du jour au lendemain avec un gros vide. Un gros vide qui est pourtant rempli de possibilités, de projets.

Je suis dedans en ce moment, et je l’ai peut-être un peu cherché. La fin, je l’ai vue arriver. J’ai vu la ligne se rapprocher, lentement mais sûrement. Dans ce temps-là, penser à chercher un nouvel emploi, juste au cas où, ce serait la chose la plus intelligente à faire. Mais d’y penser et de faire des démarches, de mettre à jour ton CV, de l’envoyer, tu vois ça comme un abandon. Moi, je l’ai vu comme ça.

Je ne suis pas l’experte des relations de couple – salut la célibataire depuis la naissance –, mais il me semble que quand tu sens que ton chum n’a plus besoin de toi, tu ne vas pas voir ailleurs pour trouver quelqu’un qui voudra bien de toi, non? Clairement, c’est pas ça qui se passe. Tu trouves des arguments, tu te demandes ce que tu pourrais faire de plus, ce que tu lui apportes que personne d’autre ne peut lui apporter. Ta liste écrite, tu chasses l’éventualité de la séparation dans un recoin de ta tête, encore une fois. Mais au final, la décision ne te revient pas.

Il y a exactement un an, j’étais au même point où j’en suis présentement. Durant cette dernière année, j’ai vécu une belle histoire d’amour. J’en ai appris beaucoup des choses, autant sur le plan professionnel que personnel. Je veux juste que tu saches que même si en ce moment, t’en n’as pas de job, ben c’est pas plus grave que ça. C’est loin d’être la fin du monde. La fin de ton compte en banque, peut-être, mais pas du monde.

Quand tu romps avec ton chum, tu prends le temps de retomber sur des pattes et tu ne te jettes pas sur le premier venu, t’es d’accord? D’habitude, le premier du bord est jamais le plus winner. Là, c’est le moment de faire la même chose avec ta carrière. Précipite toi pas pour rien. Tu es dans une période idéale pour te poser, lancer des lignes à l’eau et prendre une décision réfléchie.

Enlève ton doigt de sur le bouton panique. Je sais, c’est pas facile : la passion c’est intense. Tu penses que ce l’est juste quand tu en es en plein cœur, quand tu la vis. Mais sache que ce l’est tout autant quand tu la regarde d’un peu plus loin, et que tu la laisses te faire découvrir de nouveaux horizons.

C’est cliché, mais rien n’arrive pour rien.

 

Maude.