Publié le par Andréanne Marquis

 

Maudit qu’on est pressés

 

 

Ce matin, j’ai pris l’autobus, comme j’ai l’habitude de le faire à tous les jours. En fait, j’en prends trois différents pour passer de la maison au travail. Je t’entends déjà dire « ARC! Trois autobus?!?!?! Ça te prend combien de temps? Achète-toi un char seigneur! ».

Oui, trois autobus.

45 minutes de pure relaxation. Le seul moment dans ma vie où je peux ne rien faire POUR VRAI.

Non, je veux rien savoir d’avoir un char. Plaint-toi pas, ça te fait un danger de moins à croiser sur la route.

J’embarque donc dans le premier véhicule, et en débarque cinq minutes plus tard pour prendre le prochain.

J’attends sur le trottoir, en jetant des coups d’œil à gauche, puis à droite. En regardant devant, j’aperçois l’autobus stationné au terminus. Une rue bondée nous sépare. La chauffeuse me regarde poireauter, regarder encore à gauche, puis une autre fois à droite. Le flot de véhicule semble vouloir réduire, je devrais pouvoir traverser sans me faire frapper dans le temps de le dire.

Et c’est à ce moment même, durant l’accalmie, que la conductrice ordonne à son bolide de foncer. Pendant que j’étais entrain de traverser. PENDANT. Ça fait que j’ai sacré. Tout haut en plus je pense. J’ai sacré et j’ai levé mon bras droit bien haut dans les airs, comme une projection physique de mon état mental. Je ressemblais à la statue de la liberté, avec pour flambeau un sac à lunch.

 

J’ai couru un peu. Le beau bonjour accompagné d’un sourire que j’avais préparé pour saluer la conductrice est resté derrière moi, à mourir de froid sur le trottoir.

Maudit qu’elle était pressée. Pressée de quoi hein? De voir combien de passagers gelaient au prochain arrêt?

Pour la petite histoire, sachez que la chauffeuse s’est rangée sur le bord du chemin pour me laisser monter. La dame s’est réjouie à l’idée de pouvoir me dire que ce n’était pas prudent de ma part, de traverser la rue pendant que l’autobus se mettait en mouvement..................... J’ai eu l’envie de redevenir une statue de la liberté fâchée, mais je me suis contentée de lui souhaiter un bonne journée combiné à un sourire amer tellement moins beau que celui que j’ai laissé mourir quelques secondes plus tôt.

Je me suis assise sur mon siège essoufflée. Un peu parce que j’avais couru, encore plus parce que ça m’a pompé l’air de voir l’impatience en pleine face. Être assis au restaurant, manquer d’air parce que tu es impatient de rencontrer un nouveau quelqu’un, ou parce que tu as hâte de retrouver un quelqu’un qui te manque, ça reste agréable. C’est de la belle impatience. Mais celle qui te fait pousser des soupirs de désespoirs, c’est de l’impatience laide.

Toute cette mésaventure là part du fait que j’ai couru. J’ai pourtant comme principe de ne jamais essayer de rattraper un autobus : je ne cours pas après les gens, encore moins après les choses. Mais je me retiens souvent...on est tellement habitués à ce que tout aille vite!

Tsé, on peut cuire du riz en deux minutes au four microondes, et que ça goûte aussi bon que le normal qui a un temps de cuisson dix fois plus grand. Quand on a les deux options en face, le choix est facile. Quand on n’a pas le choix, on fait avec.

Ce matin, j’ai voulu gagner du temps pour pouvoir l’accumuler et le réinvestir ailleurs que dans ce que je voyais comme une perte de temps. Comme si j’avais un compte «épargne de temps» sur mon Accès D où les secondes se transforment en minutes, les minutes en heures, et ainsi de suite. Une monnaie que je pourrais utiliser quand on me demande de remettre un document dans un délai serré, ou que je pourrais donner à une chauffeuse qui semble trop pressée par exemple.

Tout nous envoie le message que c’est bizarre de vouloir prendre son temps, que ça ne sert à rien. Je veux dire, même le riz nous envoie ce message-là.

Maudit qu’on est pressés.

« On » exclu la personne qui parle, tu dis? Désolée, je voulais pas.

Maudit que je suis pressée.

 

Maude.