Publié le par Andréanne Marquis

Instagram, tu me fais sentir poche
Là où tout le monde est plus toute.

 

Tu me fais sentir poche, parce que malgré ma bonne volonté je n'ai pas de profil uniforme et boho-chic comme le veut la tendance. Parce que je ne suis pas capable de me brancher sur une seule configuration VSCO qui ferait fitter toutes mes photos. Parce que ma vie est chaotique et que ça se reflète dans mes posts sans thématique. 

 

Tu me fais sentir poche, parce que je ne mets pas d'avocat sur mes toasts en accompagnement d'un smoothie-bowl-oeuvre-d'art. Parce que je n'ai pas de budget spécial « cafés fancy ». Parce que je suis toujours trop affamée pour passer dix minutes à prendre une irréprochable photo #flatlays avant de manger. 

 

Tu me fais sentir poche, parce que mon outfit idéal du dimanche matin consiste en un vieux t-shirt qui n'a rien de photogénique. Parce que je n'ai pas les sous-vêtements Calvin Klein de Kendall Jenner. Parce que je n'ai pas la shape de Kendall Jenner.

 

 

Tu me fais sentir poche, parce que te scroll me confronte à tout ce que je ne réussis pas à être. Parce que ma face démaquillée n'arrive pas à la cheville de tous ces visages contourés. Parce que je ne suis pas fraîche et pimpante à 35 °C, thé glacé à la main ou non. 

 

Tu me fais sentir poche, parce que même si je sais que les gens n'y montrent qu'un échantillon méticuleusement choisis d'instants de leur vie réelle, je ne peux m'empêcher de les comparer à la mienne. Parce que l'ensemble de mon quotidien ne compétitionne pas avec tous ces « best of ». Parce que pour le meilleur et pour le pire mon existence n'est pas parfaitement filtrée. 

 

« Un florilège est un recueil de choses remarquables. » C'est ça que t'es, Instagram.

 

Consciemment ou pas, je pense qu'il est difficile de ne pas se laisser atteindre par tout ce qu'on voit. Des dizaines de photos sans défauts défilent chaque minute devant nos yeux. C'est normal que lorsqu'on lève le regard de l'écran vers le miroir, on a l'impression que quelque chose cloche. 

 

Pour la science, analysons mon feed au hasard. Un pique-nique gastronomique, un voyage aux Bahamas, des chiens, un bol de fallafels qui me prendrait quatre heures à réaliser. De l'inspiration fitness, un bol de gruau trop santé, un voyage à San Diego, un voyage à New York. Une plante que je n'arriverais pas à maintenir en vie, un OOTD incroyablement stylé, un voyage en Australie, un autre look vraiment cute. Ouais ben. Assez d'Internet pour aujourd'hui. 

 

Les réseaux sociaux c'est beau pour les yeux, mais c'est dur pour l'estime de soi. Tout ça pour dire que si je vous unfollow prenez-le plutôt comme un compliment.

 

Et si jamais vous aussi Instagram vous fait sentir poche, j'espère qu'à partir de maintenant au moins vous ne vous sentirez plus seul-e-s.

 

 

Julie Levasseur