Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Faire le ménage.com

 

Purge (n. f.) : Élimination radicale des éléments jugés indésirables

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Il y en a qui font le grand ménage du printemps. Étant toujours en retard sur tout le monde, moi c'est en juillet que j'en ressens le besoin. Bien plus que laver les fenêtres et vider les garde-robes, c'est une épuration virtuelle qu'il me faut. Et ça presse.

 

Ce n'est rien de personnel. Simplement, ce n'est pas parce qu'on était dans la même classe en secondaire deux que j'ai le goût de voir toutes tes photos de couple, de chat, de char. Je n'ai rien contre les gens qui partagent leur bonheur, mais je n'ai pas toujours envie d'en être le témoin. Surtout quand c'est toujours les mêmes qui sont donc beaux pis bons pis heureux. Ça serait pas gentil de dire que ça a l'air forcé mais ça a quand même l'air un peu forcé (mais on le dira pas).

 

Bref, il y a des présences digitales dont je pourrais me passer. Et c'est maintenant que ça se passe.

 

 

On connaît tous ce genre de personne. Des gens assez faciles à éviter dans la vraie vie, mais qui semblent nous envahir sur les réseaux sociaux. De la mauvaise herbe numérique, si on veut. Des fils d'actualité qu'on continue à suivre comme ça, par habitude, même si on sait pertinemment que ça ne nous apporte rien de positif. Au contraire, ça nous achale inexplicablement.

 

Cette personne-là – faisons semblant qu'il n'y en a qu'une – ne t'a probablement rien fait. Ou, si elle t'a fait quelque chose, elle ne s'en est même pas rendu compte. Et pourtant, c'est comme si chaque particule de ton corps se hérissait d'agacement à la simple mention de son nom. C'est irrationnel, mais c'est comme ça. 

 

À ce qu'il parait, la courtoisie veut que si on n'a rien de gentil ou utile à dire, on ne dit rien. Ça fait que de cette personne-là on ne dit pas grand-chose. De toute façon, notre face parle d'elle-même, avec ce regard qui dit tout sans dire un mot. Comment l'expliquer gentiment...? « T'sais, je voudrais pas qu'il se fasse frapper par un train, mais mettons que s'il se cassait un bras en déboulant les escaliers j'aurais pas vraiment de peine pour lui. » (Ou elle, je ne suis pas sexiste.)

 

Dans les cas banals, un simple clic sur le bouton Unfollow, à répéter sur tous les médias infectés, règle généralement le problème. D'autres fois, c'est plus compliqué. 

 

C'est plus compliqué quand l'être derrière le compte qui nous dérange a déjà tenu un rôle plus valorisant dans notre liste d'amis. Il faut alors procéder par étapes, question de se ménager en faisant notre ménage. On commence par Instagram, le plus discret. Ensuite Snapchat, sournoisement. Quand on arrive à Facebook, puis aux textos, on sait que c'est vraiment fini. On vient d'éliminer 99.9 % des germes. 

 

Peut-être que tu vas pleurer ; c'est correct. C'est vrai que ça pique les yeux trop de Lysol.

 

Mais ça fait toujours du bien de rafraîchir l'air.

 

Julie Levasseur