Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Est-ce que ça se peut, se poser trop de questions?

 

Y’a un moment où je me suis dit que j’avais besoin de me virer à l’envers. Comme si tout mon intérieur, surtout ma tête, ne l’était pas déjà assez.

Je n’avais pas d’attache, je pouvais choisir la montagne qui me tentait le plus et y frayer mon chemin. En gros, j’avais beaucoup de contrôle sur ce qui m’arrivait. J’avais tellement d’air que j’avais l’impression d’en manquer.

Je me posais des questions auxquelles étaient associées beaucoup (trop) de choix de réponses. Des bons choix en plus : il fallait seulement que je trouve quelle affirmation allait suivre le bon point d’interrogation.

Quand j’ai pensé avoir terminé, que chaque point d’interrogation était suivi d’une majuscule, je me suis révisée. Tsé, au cas où j’aurais fait une erreur. Ça avait l’air correct. Mais me contenter de correct, moi, ça me tente pas.

Donc je me relis. Encore.

Bon, là, ça devrait être ok. Je me le suis dis, mais dans le fond fond fond, je ne le pensais pas vraiment.

Ça me tanne que personne ne puisse encercler mon erreur, si erreur il y a, d’un gros trait rouge. Un peu comme ma professeure faisait pour me montrer que j’étais dans le champ, que ce que je croyais être un triangle isocèle était en fait un triangle scalène. Quand je me faisais corriger, j’haïssais ça sur le coup. Ça va aller les cinquante nuances de triangle là : un triangle, ça reste un triangle peu importe la longueur de ses côtés et la mesure de ses angles.

C’est plate pas avoir raison, surtout quand tu crois dur comme fer que ta réponse est bonne. Mais, au moins, avec la correction venait l’explication. Ça demeure encore ma partie préférée : je m’en tape d’avoir tort, en autant que je sais pourquoi. Des erreurs et des explications valent pour moi plus cher qu’une note parfaite. Une chance parce que dans la vie, on en n’a pas de professeure qui nous attend avec un marqueur rouge à la main.

Elle avait le pouvoir de dire ce qui était bon ou mauvais. Maintenant, c’est moi qui l’ai. Pis en plus, il faut que je trouve moi-même les explications à tout.

Ça doit être un peu pour ça que je me suis demandée au moins 34 fois ce que je faisais, une fois rendue sur la passerelle.

Je me le suis demandée encore un gros 27 fois pendant que le gars attachait des bandes de velcros à mes pieds.

Je me suis demandé ce que j’étais en train de vivre au moins 10 fois entre le moment où je me suis levée debout avec le lastique géant qui me suivait à la trace, et celui où mes orteils ont commencé à flirter avec le vide.

Puis quand le gars a commencé son décompte, j’ai juste arrêté de penser. J’ai beaucoup crié, beaucoup ri aussi, mais surtout tellement crié, les pieds au-dessus de la tête, suspendue dans le vide.

Je me suis virée à l’envers au sens propre pour me remettre les idées sur le sens du monde. Moi ça m’a pris ça pour en venir à la conclusion que j’avais du contrôle, sans toutefois être en contrôle. Et que des questions, je m‘en posais trop.

Tout ce qu’il me fallait, c’était de faire un tri et de revenir à l’essentiel.

Revenir à l’essentiel, c’était de refaire une place à mon instinct, que j’avais tassé dans un coin. Mon paquet de questions gros comme la Chine et moi on l'étouffait d’aplomb depuis longtemps. Je lui ai laissé toute la place quand est venu le temps de me tirer dans le vide : on dirait que ça lui a donné le goût d’en avoir plus.

Parce que depuis toujours il me disait d’aller là où j’avais le plus peur et que pour une fois, je l’ai écouté.

Ce qui me fait le plus paniquer est souvent ce qui me tient le plus à cœur. Quand t’as peur, ton souffle est court, ton cœur débat, tes sens sont en alerte, tes émotions sont à fleur de peau.

Peu importe dans quoi la peur te fait hésiter à sauter à pieds joints, sache que tu pourras compter sur ton toi-même à 100 % une fois le premier pas fait.

Rappelle-toi quand tu étais petite, c’est la même chose. Tu n’étais jamais plus réveillée, plus à l’affût, qu’au beau milieu de la nuit quand tu croyais qu’un monstre se terrait sous ton lit.

 

Maude.