Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Dis-moi ton secret, je te dirai le mien

 

Tu regardes mes tattoos, tu t’attardes à la flèche sur mon avant-bras et tu me demandes s’ils ont une signification. Je te réponds que oui, en sachant très bien quelle va être ta prochaine question : alors, ils veulent dire quoi? Tu les examines un à un, en attendant que je te dise que ceci explique cela. Mais tu te butes à un silence. Ce sont mes post-its personnels, des rappels que je me fait à moi-même. De les exposer au monde entier ne m’oblige pas à les expliquer. Comprends bien que j’ai laissé quelqu’un marquer ma peau pour moi-même, pas pour les autres. Si tu me parles des tiens, un jour, je te parlerai des miens.

Ce que j’aime le plus de sortir aller prendre un verre, c’est de revenir à la maison pour enlever la petite couche de maquillage que je m’étais appliquée à étendre à la grandeur de mon visage. Celle qui recouvrait mes freckles estivaux, ceux qui prouvent que je ne mens pas en disant que je passe chacune des minutes que je peux au soleil. Je me trouve belle, tu pourrais trouver ça beau toi aussi. Si tu me montre ton vrai visage, je me démaquillerai.

Tu avances, tu recules. Tu tournes à gauche, puis tu fais un virage sec sur la droite. Tu recules. Tu tournes en rond, puis tu fais un triangle. Juste parce que ça te tente. Si tu joues, moi aussi, je suis capable de jouer.

 

Le jeu de l’imitation, on peut y être plus doués qu’on ne le croit. On utilise la confiance comme monnaie d’échange. Si tu le fais, ben moi aussi je le fais. On s’ouvre peu ou pas, on attend que l’autre fasse le premier effort. On a peur d’avoir peur, on a peur de se faire avoir, on a peur de transmettre une information qui pourrait par la suite être utilisée contre nous, on a peur, on a peur ,ON A PEUR.

On est sensé être une génération qui n’a pas froid aux yeux, qui adore voyager, qui trippe à s’ouvrir à d’autres cultures, qui refuse de se faire mettre des limites au travail. On a des idées de grandeur, on se bat pour défendre nos idéaux, nos droits et ceux des autres.

Mais s’ouvrir aux autres, on a ben de la misère. En amitié comme en amour. On étale tout sur les réseaux sociaux, mais on refuse l’accès à l’information à ceux qui nous font réellement face. Pis tu sais quoi, je suis la première à le faire.

Tu pourrais faire un mini historique de ma vie avec ce que je mets sur Facebook et Instagram. Mais mon «moi» dans toute son intégralité, dans toutes ses imperfections, dans toute sa «complexité» je le préserve jalousement.

On dirait que tout ce qu’on peut garder pour nous-mêmes devient encore plus précieux, encore plus significatif quand révélé à l’autre. Des fois ça nous brûle les lèvres, mais on se retient. Quand on décide de se lancer et que l’information qu’on chérissait tellement tombe dans l’oreille d’un sourd, soit ça fait mal, soit ça ne fait rien du tout. Au pire, ça permet de rectifier pour les prochaines conversations à cœur ouvert, de faire passer l’info dans la catégorie Ouvert à tous.

C’est comme tirer une flèche. Tu ramènes la corde de l’arc vers l’arrière, et tu y mets de la tension, toujours un peu plus. Tu la retiens, sans trop savoir quand tout relâcher, tu laisses l’énergie s’accumuler. Puis, tu lâches tout d’un coup sec. La flèche peut se rendre en plein cœur de la cible, comme elle peut la manquer. Mais une fois qu’elle est lancée, elle ne peut aller que dans un sens : vers l’avant. Plus tu tire, plus t’apprends. Mais tu ne recules jamais, c’est ça l’important.

Je t’ai dit un de mes secrets, tu peux me dire le tient.

 

Maude.