Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Chers surfers

 

 

Les aptitudes en nage du poisson et la grâce de la sirène ne m’ont pas été offertes en cadeau à la naissance. Je suis partie en voyage dernièrement en me disant que j’allais seulement me laisser bercer par les flots, en gardant toujours un contact entre mes orteils et le sable.

 

Les vastes étendues d’eau ont toujours soulevé chez moi un mélange de fascination et de peur. C’est tellement puissant, ça cache tellement de choses impossibles à déceler dès le premier regard. Une surface calme ne laisse pas deviner ses courants puissants, une vague minuscule au premier abord révèle au final une force hors du commun.

Je pouvais passer des heures assise sur une roche à regarder les soubresauts du fleuve quand j’étais petite. Je trouvais ça beau et épeurant, ça m’hypnotisait. Imaginez-moi donc, face à l’océan Pacifique pour la première fois de ma vie : je suis redevenue la mini-frisée de huit ans qui passaient ses étés sur la grève dans le Bas-Saint-Laurent.

 

 

Je commençais mon 2017 les deux fesses dans le sable au Costa Rica, à regarder de loin les surfers campés sur leur planche, dos à la plage, qui fixaient l’horizon en attente de leur vague. J’attendais autant qu’eux le moment où ils tenteraient avec succès de se tenir debout face à un grand mur d’eau salée.

Mais c’est quand je les voyais revenir à la plage, surf au bras, les cheveux et la peau salés, que je les enviais réellement.

La démarche légère, les épaules relâchées, le visage empreint d’un genre de sérénité : je jalousais le bien-être qu’ils dégageaient en remettant les deux pieds sur la terre ferme.

Un après-midi, j’ai loué un surf « juste pour m’échouer dessus et flotter, pas trop loin de la plage… » Le plan initial n’a pas tenu la route très longtemps. Les vagues sont parfaites, pas trop grosses, juste assez fortes. Tant qu’à y être, je pourrais au moins essayer de monter sur mon surf tsé... tant qu’à l’avoir là!

Eh bien j’ai passé le reste de ma journée dans l’océan à boire un nombre incalculable de tasses d’eau salée, conséquence directe de mon incapacité à tenir debout sur la planche. Au lieu de me fâcher, ça me faisait rire, ça me donnait toujours plus envie de tenter ma chance sur une nouvelle vague. Je ne m’en fais pas à croire et je ne vous mentirai pas : je suis complètement nulle. Mais je m’assume tellement et j’ai tellement de plaisir que personne ne peut me juger!

En m’échouant sur le sable à la fin de l’après-midi, le surf à mes côtés, je me sentais légère. Comme si le courant avait emporté avec lui les questions, les doutes, les angoisses qui me remplissaient la tête. Toute la pression qui reposait inutilement sur mes épaules avait aussi plié bagage. J’étais juste bien, avec un petit sourire pour rien en particulier accroché au visage.

Pendant tout le temps passé dans l’eau, j’étais concentrée sur le ici et le maintenant. Ça, c’est tout un exploit!

Chers surfers, peut-être que je n’ai pas mis les mots justes sur le comment vous vous sentez en sortant de l’eau, sur le pourquoi de votre pratique de ce sport. Après tout, je suis une petite nouvelle dans votre univers.

Mais sachez que j’ai eu un réel coup de cœur, et que l’océan me manque déjà. Je m’ennuie aussi de vous voir me vendre du rêve. Celui que peut-être un jour je pourrais me retrouver à vos côtés, à fixer l’horizon, dos à la plage, en attente de ma vague.

 

Maude.