Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Bonheur plastique

 

 

J’ai à tort mis un paquet d’émotions pêle-mêle dans la pastille « contrôlable ». Serrer la mâchoire, se mordre les lèvres et essuyer les larmes avant même qu’elles ne coulent, c’est loin d’être ça, contrôler ses émotions. C’est plutôt les enfouir, tenter de les faire taire.

 

J’ai voulu être une inconnue pour mes amis, mes collègues. Je voulais qu’ils me regardent en ne voyant que le sourire habituel, la folie de tous les jours : le contraire aurait soulevé des questions auxquelles je n’aurais pu répondre sans une pointe d’émotion qui me gênait. Peut-être parce que ça brisait le look de fille assurée, rassurante. Celle qui est toujours de bonne humeur, à qui la vie sourit même quand il fait gris. Ça ouvrait la porte à une vulnérabilité que j’adore voir chez tout le monde... sauf chez moi.

 

 

Je voulais me fondre dans le décor : être le cadre qui a toujours été accroché au même endroit, la plante verte qui prend la poussière dans un coin. Quand on bouge l’un ou l’autre, quelqu’un vient toujours à le remarquer. Et non, ce quelqu’un ne se contente jamais de garder son observation pour lui-même : il décide plutôt de le crier. Sans façon, merci.

 

Le plus désagréable là-dedans? C’est souvent dans les moments précis où tu te dis « faut pas que je craque » que, justement, ça se produit. Tu ignore l’avertissement : la secousse, prémisse évidente du tsunami.

 

Accumulation.

 

Pendant des semaines, voire des mois, tu mettais tes émotions dans une cage. Peut-être sans t’en rendre compte parfois. Puis quelqu’un, à ton insu, tourne la clé qui déverrouille le cadenas.

 

Ta cage thoracique se soulève, tes yeux s’emplissent d’eau, l’air te manque.

 

Explosion.

 

Un animal qu’on privait d’eau et de nourriture finalement libéré en pleine nature. Animal sauvage trop longtemps contraint à vivre dans un espace restreint.

 

Tu as tellement étouffé tes émotions qu’elles décident de te rendre la pareille. Elles t’étouffent à leur tour, te serrent à la gorge, voilent tes yeux pour que tu n’y vois plus clair. Tu perds tes repères, tu as le souffle coupé.

 

Un de mes sports préférés, c’est de regarder les gens dans les lieux publics, les inconnus. Je les observe en me disant que jamais je ne saurai leur histoire. Mais je sais très bien que certains sourient faux, pour cacher le laid qui peut leur arriver.

 

Comme moi. J’avais la certitude que je jouais mon rôle à merveille, actrice émérite d’un bonheur plastique. Je me trouvais bonne, pis je trouvais que c’était ça la solution. Sauf que la solution ce n’est ni de laisser la peine prendre toute la place, ni de l’éclipser totalement par je ne sais quel autre moyen.

 

On fait l’erreur une fois pour ne plus la répéter? Tellement.

 

On parle pas mal de confiance en soi, comme quoi il faut se trouver beau/belle du dedans et de l’extérieur. Je pense que ça passe aussi par le fait de croire que peu importe ce qui nous arrive, on est capable de retomber sur nos pattes.

 

Des émotions, ça se contrôle pas. Des émotions ça va, et ça vient. Selon moi, c’est qu’il faut seulement apprendre à surfer les différentes vagues, et à mettre la tête hors de l’eau quand on se fait ramasser.

 

P.S. Je vais très bien ;)

 

Maude.