Publié le par Andréanne Marquis

 

 

« Parle-moi de toi. »


Top 1 de la pire question d’entrevue ever. 

 

J’ai passé une entrevue pour un emploi, il y a quelques semaines. Parmi une dizaine de mises en situation et variantes sous-entendues de « Pourquoi on devrait t’engager ? », a surgi la question qui tue : « Parle-moi de toi. » 

Panique. Terreur. Confusion. Le pire, c’est que c’est même pas une question – c’est un ordre. Un impératif très directement formulé pour connaître en deux minutes ou moins l’essence de ma personne. À part ça c’est chill.

Par où commencer? Nom, âge, ville, domaine de travail/d’études. J’ai un peu l’impression d’auditionner pour une téléréalité, sans la perspective d’une maison de rêve. Au moins je n’ai pas la pression de trouver l’amour… je m’égare.

 

De retour à l’entrevue. « Parle-moi de toi. » Comment me définir? J’aurais tendance à dire que les bases fondamentales de mon être sont ma passion inconditionnelle pour certains boybands, mon accumulation compulsive de cardigans et mon attachement inéluctable envers mon divan, mais j’ai comme l’impression que ce n’est pas ce que mon interlocuteur veut entendre. Je suis capable d’être réaliste ; malheureusement, un-peu-étourdie-mais-attachante-quand-même figure rarement parmi les caractéristiques recherchées. 

J’essaie donc de réaliser l’impossible, soit me vanter sans avoir l’air de me vanter. Parce que pour une raison quelconque, on est conditionné à ce que ce soit toujours légèrement mal vu qu’une personne reconnaisse ses bons coups. On pourra lire des tonnes de statuts Facebook auto-dépressifs en manque flagrant d’attention sous forme de pouces levés, si un seul de nos amis virtuels ose partager son bonheur un peu trop fort, alors là attention. Sois fier de toi mais en silence, sinon ça pourrait déranger les autres à côté.

Je suis donc inconfortablement assise sur ma petite chaise de plastique devant ceux qui décideront de mon sort (ou plutôt celui de mon compte bancaire) et j’essaie de penser à des qualités modérées. Comme s’il existait des qualités radicales. « Ambitieuse » ou « déterminée », il me semble que ça fait peur. « Je sais ce que je veux », c’est encore pire. Pourtant, est-ce si menaçant d’avoir envie de laisser sa marque ? Est-ce si provocateur d’assumer ce que l’on est ? On est en 2016 dans un pays libre, après tout !

Force est d’admettre que le problème, au-delà du faux dilemme humilité/prétention, réside dans l’impossibilité de résumer un être humain en trois phrases. J’irais jusqu’à dire qu’il est impossible de résumer un être humain en mots. Peu importe la personne, les facettes sont multiples et aucun « Parle-moi de toi » ne pourra les représenter de façon exhaustive. En entrevue comme dans la vie, il faut prendre le temps de connaître le candidat potentiel au-delà du CV et de la lettre de présentation, si vous me permettez la métaphore.

 

Et surtout, surtout, être plus original dans nos questions.

 

Julie Levasseur