Publié le par Andréanne Marquis

 

Sacré mois de novembre

 

Sacrés bistros remplis de couples qui sirotent leur boissons chaudes garnies de crème fouettée, ce surplus sucré se retrouvant par la suite sur les lèvres d’amoureux puis en gros baisers mouillés. Sacrée chanson d’Adèle, celle qui te crée un besoin de t’ennuyer de quelqu’un qui n’existe pas ou qui n’existe plus au verbe présent, Hello le blues des célibataires de novembre. Hello. Sacrée soirée lorsque tu reviens d’un bar ben loin du métro et que tu as les deux jambes qui se gèlent, juste parce que tu voulais être cute en enfilant tes plus beaux collants, ceux qui n’ont pas de trous pour l’instant, le manteau détaché, tes souliers ballerine d’été dans tes pieds de glace. Tout ça dans l’intention de retrouver un peu de chaleur, un peu d’été dans tes cheveux et sur ta peau qui sent encore la noix de coco, ta peau qui devrait déjà pourtant sentir une fragrance quelconque d’épices ou de citrouille.

Parce que je suis cette fille-là moi. La fille toute seule assise au fond du bar ben loin du métro, la fille qui scrute et observe les Montréalais sur leurs cellulaires, à compter les likes plutôt que de se regarder dans les yeux. Alors je suis partie, fatiguée, épuisée, congelée de contact social, le vrai.

Je suis partie en taxi,  j'y ai laissé mon bras en guise d'argent en débarquant même si le trajet était court, je sais, j’aurai pu installer l’application dont tout le monde parle et qui fait venir un chauffeur presque par magie pour des peanuts, mais je l’ai pas fait.      

 Crédit photo : Flickr 

Y'avait pas mal trop d’étudiants qui se collaient pour avoir un Bloody-quek-chose à 9 $ à grands coups de fous rires et de coudes maladroits. Les cocktails étaient dilués avec de l'eau et j’ai remarqué que mon visage aussi. J'ai crié à personne que je suis allée pleurer dans les toilettes. Je pourrais pas vous dire exactement pourquoi, j'ai juste braillé et ça m’a fait du bien. La fille qui se remettait soigneusement du mascara et du rouge à lèvre rose pétant me regardait du coin de l’œil. Sa pitié transperçait mon reflet dans le miroir, de même que son smokey eye mauve-couleur-de-la-saison.

Chaque petit nectar de fort avalé me donnait l'envie d’être coller un plus fort une fois sous mes couvertures. Il faudrait vraiment que j'installe cette application dont tous font partie et qui fait venir un homme dans ton lit à grands coups de flip à droite (à moins que ce soit à gauche?).

J'en suis rendue là. Ça aide pas non plus, c'est l'automne alias la-saison-des-câlins. Me sentir seule dans une soirée remplie de gens. Il faudrait d’ailleurs que j'installe l’application qui me permettrait d'avoir l'air accompagnée le temps d'une soirée.

T’sais, moi, je suis de la vieille école. Au temps où tous se rencontraient par hasard dans la vie et non par les choses forcées, d'addiction à une machine avec une pomme dessus. Peut-être que c'est pour ça que je bois mon café seule le matin sans un quelqu’un virtuel pour essuyer la crème qui déborde de mes lèvres, ou que j'adore aller me promener toute la journée accompagnée de ma musique et que je vais danser avec mes amies en bas de nylon cutes pis pas chauds. 

Force est de constater qu'il faudrait que je me résigne à installer toutes ces applications dont tout le monde parle. J’ai entendu leurs bienfaits plus d’une fois, je l’avoue. Mais je resterais avec ma mentalité des années 90 et mon vieil engin de cellulaire à carte prépayée, essayant de ne pas trop le regarder, d'un coup que la vie me passe en plein visage.

 

Hello, it's you….

 

Gaelle