Publié le par Andréanne Marquis

 

 

Merci de m’épargner... mais non merci!

 

J’ai un entourage formidable qui m’aime comme je suis et qui tient à moi. Un entourage qui tient tellement à moi qu’il veut me protéger, parfois même me surprotéger. L’intention est bonne, très bonne. Mais... il y a un mais.

 

Le voilci le fameux mais : je n’ai pas envie de me faire épargner. Je n’ai pas envie qu’on décide à ma place de ce qui est bon ou non pour moi. Quand j’étais petite, ma mère m’avait acheté un poisson. Hercule, qu'il s’appelait. Pis je l’aimais de toutes mes forces, vraiment. À l’opposé de ce que son nom peut laisser présager, mon Hercule n'était pas fait fort, ça fait qu’il est décédé – que son âme de Beta repose en paix. 

Pour éviter que mes yeux ne se transforment en chutes Niagara, ma mère a acheté un nouveau poisson identique et l’a glissé dans l’aquarium à mon insu. Résultat : je n’y ai vu que du feu, je n’ai jamais su qu’Hercule était en fait un imposteur nageant paisiblement dans les eaux tranquilles du VRAI Hercule et ma mère a continué de voir un beau grand sourire sur mon visage de petite fille mignonne naïve. C’est un exemple qui peut avoir l’air complètement niaiseux, mais ça illustre bien la chose. 

Quand on tient à une personne, c’est normal de vouloir ce qu’il y a mieux de pour elle. Si on pouvait l’envelopper dans le papier bulle, on le ferait probablement. Parce que de la voir avoir mal, c’est parfois pire que d’avoir mal soi-même. Pis de voir venir d’avance qu’elle va se planter, appréhender son pétage de gueule, on dirait que c’est encore pire. 

Alors on fait tout pour éviter le pire, on fait tout pour l’épargner. Parfois, on omet de la mettre  au fait d’une situation : « Je te l’ai pas dit parce que je voulais pas que t’aies de la peine... » Sinon, on lui pointe toujours du doigt la route qui semble la plus sécuritaire, et on la chicane si elle déroge du sentier : « Ça va être plus facile comme ça, moins dangereux pour toi. » On peut même mettre fin à une relation de façon hâtive : « Je voudrais pas te faire du mal, c’est certain que je vais te faire de la peine un jour ou l’autre. » Et si j’aimais mieux qu’on me laisse décider moi-même? 

 

Au final, les mots finiront toujours par venir à mes oreilles. Et un silence qui persiste fait souvent plus de mal que des mots bien choisis. 

Au final, toutes les routes seront parsemées d’embûches, parce que le danger peut se cacher derrière n’importe quoi et n’importe qui. 

Au final, on ne saura jamais si le mal va être moins grand parce que le frein a été activé un peu plus tôt dans la relation. 

Ce n’est pas que les opinions ne sont pas les bienvenues; au contraire, j’en ai besoin. Mais j’ai aussi besoin que la décision finale soit la mienne. Le peu de contrôle que je pourrais avoir, j’aimerais au moins qu’il me revienne. L’affaire, c’est que j’ai beau dire que je suis capable d’en prendre, que je peux tout encaisser, mon physique vient me contredire. « Moi, ben je me fie pas aux apparences, voyons donc! », qu’on dit tous. Hummmm, désolée, mais là oui, on s’y fie!

Rares sont ceux qui me croient quand j’évoque que je suis faite forte. Le portrait est le suivant : je suis petite, j’ai des bras de poulet pis je pourrais encore m’habiller dans les magasins pour enfant. Habituellement, j’ai droit à un regard sceptique accompagné d’un petit rire du genre « ben oui, c’est ça fille : retourne jouer avec tes poupées. » J’aurais plus de facilité à faire croire que j’ai gagné le gros lot pis que je m’en vais sur la lune au pire. 

Mais la force physique ne fait pas foi de la force mentale ni de la résilience d’un individu. Tu peux mesurer 6 pieds et être aussi musclé qu’Hugo Girard, rien ne t’empêche de t’écrouler à la moindre petite brise. Tu peux mesurer 5 pieds et avoir des bras de poulet, mais pouvoir résister aux pires tempêtes. 

La force de caractère n’a pas de visage précis, ni de grandeur minimale. 

J’aime me lancer dans le vide sans avoir la certitude que je vais atterrir en toute sécurité. Je n’ai pas peur de me planter : je sais que je serai capable de me relever. Ce sera peut-être long et difficile, mais les ecchymoses finissent toujours par s’estomper et les blessures plus profondes finissent toujours par cicatriser.  À me voir, on a l’impression que je vais casser à n’importe quel moment. En me regardant aller, on se dit que ça n’a pas de bon sens de me laisser continuer. 

Mais moi, je me dis qu’à force d’opter pour la chute libre, y’a certainement une fois où le parachute va ouvrir.

P.S. : En tout, le Hercule d’origine, le vrai de vrai, aura eu environ six successeurs avant que ma mère ne se décide à laisser mes yeux devenir des torrents. J’ai braillé, mais au final, ben j’ai survécu. Pis j’ai compris qu’un Beta, c’est un des pires animaux de compagnie que tu peux acheter à un enfant. Thanks mom, je t’aime. 

 

Maude