Publié le par Andréanne Marquis

 

Se décrire, ça peut devenir rapidement malaisant. De peur de ne pas trouver les mots justes, j'ai questionné mes chers amis pour savoir les mots qui leur évoquaient ma petite personne. «Généreuse» a été annoncé, pourtant ils savent à quel point mon portefeuille est serré après le loyer. Un ami a dit que je suis «présente», alors que j'ai l'impression de courir sans cesse après le temps qui passe. Le mot «enrichissante» est sorti, mais voilà deux ans que le chapeau d'étudiante ne me va plus. «Un peu fofolle», sachant que je voudrais l'être plus. «Aventureuse» : regardez bien, j'ai accompli le quart du centième de ce que je souhaite réaliser. «Simple». Ça oui. Je termine donc cette mini-présentation-semi-malaisante en disant que ce qu'on projette et ce que l'on pense dégager, ce sont deux choses bien distinctes. 

 

 

Je connais quelqu'un de différent 

Lorsque la neige venait tout juste de fondre, j'ai fait la rencontre improbable de quelqu'un de spécial. On se connaissait de vue, je la trouvais hilarante. On a tout bonnement décidé d'aller prendre une bière-jasette. C'était comme si je la connaissais depuis toujours. Je n'avais absolument aucun filtre. Elle est rapidement devenue une amie qui m'est précieuse, malgré elle.

Noémie a la gentillesse dans le regard, un sens de l'humour qui me fait plier à tout coup, une fougue dans la parole. Inconsciemment, je réalisais qu'il y avait un je-ne-sais-quoi de différent chez elle. On mijotait l'idée de partir un blogue littéraire ensemble. La peur de l'échec l'a envahie soudainement et l'a incitée à tout laisser tomber sans préavis. Je n'étais pas si surprise, sachant que c'est aussi tout ça, Noémie. 

Si elle décide de porter attention à sa santé, ce sera en faisant le décompte des calories, calculatrice à la main, le tout griffonné dans un cahier. Disons que la modération est plutôt absente. Je lui dis qu'elle est belle, qu'elle a du chien et du charme à revendre; que ses innombrables calculs, ce n'est rien comparativement à tout ce qu'elle dégage. 

 

 

C'est que Noémie, lorsqu'elle a une idée (aussi folle qu'elle soit) : tassez-vous du chemin. Un soir, elle a eu des idées plutôt sombres et le mode panique dans le piton. C'est donc vers l'hôpital qu'elle s'est dirigée, du courage plein la tête.

Un diagnostic de personnalité limite est tombé. 

Quand j'ai appris la nouvelle, ça m'a donné l'impression d'avoir une claque dans le visage en me disant au même moment : soulagement. 

Je savais pertinemment que lorsque je voyais son prénom sur mon cellulaire avec un texto disant : « Ma tete c'est une prison », c'était le produit d'un dérèglement là-haut. À quelque part je crois qu'elle est gênée de ce diagnostic. Pourtant, si c'était un problème d'estomac qui l'avait amenée à l'urgence ce soir-là, il n'y aurait aucune inquiétude à l'exprimer. 

Je veux qu'elle sache qu'elle est une femme forte et que je l'admire. Je l'aime dans toutes ses facettes, même si ce n'est pas si facile. Parler de santé mentale est quelque chose que l'on fait trop peu souvent. On confond cet état avec de la folie, de la lâcheté. Il n'en est rien. Mon amie reflète l'image de nombreuses personnes atteintes de maladies mentales qui souffrent dans le silence. Alors je continuerai d'en parler pour démystifier, informer. Personne n'est à l'abri, et si une telle situation frappe à votre porte, vous saurez avec certitude que vous n'êtes pas seul.

Noémie a decidé de se ressourcer en campagne pour un moment. Son passe-temps est de remettre à neuf des meubles antiques qui ont quelques failles, eux aussi. La connaissant, elle en fera sans doute une cinquantaine (rien de moins).

Je serai la première à aller boire une bière-jasette sur une jolie table qu'elle aura travaillée. Parce qu'une amie que tu as l'impression de connaître depuis toujours, c'est rare, ça vaut de l'or et tu l'acceptes dans tout ce qu'elle est. Merci, Noémie.

 

Gaëlle