Publié le par Andréanne Marquis

Finalement, on ne se dira jamais que l’on s’aime. Au fond, je ne sais pas. Je ne sais pas trop c’est quoi l’amour. J’ai l’impression, en regardant autour de moi, que c’est maintenant plus vraiment possible. En vrai, ça nous prend quoi ? Ça prend quoi à chacun d’entre nous pour être prêt à dire : je t’aime. 

 

J’écoute des amis qui fréquentent des gars ou des filles depuis des mois. Pas une semaine. Des mois et qui en conclusion : « Non. On ne se sera jamais ensemble». Pourquoi ? Vous avez peur de quoi ? Vous êtes à ce point là pas bien avec vous-mêmes pour passer quelques mois seuls ? Je suis peut-être naïve ou inconsciente, mais je crois qu’au moment où tu laisses  quelqu’un entrer dans ta vie, semaine après semaine, ce n’est pas seulement parce que tu as peur d’être seul. Je suis naïve. Je suis naïve, parce que l’on vit dans une espèce de place où on est bien dans le fait de se laisser du choix. Mais je me demande encore ça sert à quoi de se laisser du choix. 

C’est à quel moment qu’on va se dire que l’on s’aime ? J’imagine que ce sera au moment où on va sentir qu’un des deux s’en va. Qu’un des deux regarde s’il a encore du choix, à la place de juste choisir d’avancer ensemble. 

Je peux peut-être avoir l’air étrange à ce niveau-là (anyway, je fais ce que je veux, je suis une Womance ;) ), mais je vois une relation interpersonnelle, un couple, comme une entreprise. L’entreprise naît d’une passion, d’un rêve. Quand on commence à la créer, c’est plus fort que nous. On y pense jour et nuit et à nos yeux, rien n’est impossible. Dans les premiers temps, on serait parfois prêt à tout abandonner seulement pour passer ses journées entières à la faire fructifier, qu’elle devienne immense rapidement. Mais dans les faits, on le sait. On sait très bien qu’il ne faut pas. Vaut mieux réussir avec le temps, qu’échouer en commençant. Il faut y aller une étape à la fois. Viens un moment où l’on doit parler, s’engager. Le moment où l’on doit convaincre le banquier de nous faire confiance. On le convainc, mais on a aussi peur que lui que tout s’effondre, qu’on n’y arrive tout simplement pas. On doit le convaincre qu’à première vu, tout ça n’a pas peut être pas l’air parfait, mais au fond ce l’est. Mais à ce moment, on doit se commettre. Qui va le faire à notre place ? « Je pense que tu pourrais emprunter de l’argent, c’est certain que la compagnie sera prospère » au même titre que « Vous êtes un couple ou vous faites juste vous fréquenter ? » C’est bien faire cavalier seul en entreprise, mais vient un temps où l’on doit aussi accepter d’être aidé. C’est bien jouer la carte du cavalier seul toute notre vie, mais vient un temps où finalement on se rend compte qu’on serait peut-être mieux à deux. À mes yeux, être à deux, c’est simplement se permettre d’être deux fois plus heureux. C’est se permettre de se découvrir plus que l’on n’aurait jamais imaginé. Mais pour ça, il faut être deux. Faut être deux à vouloir aller à la Banque, faut être deux à vouloir avancer. 

Quand j’observe ce qui se passe autour de moi, je me demande encore pourquoi l’amour c’est si compliqué et à la fois si simple. Une fois qu’on est bien ensemble. Qu’on est bien autant dans un resto glamour un samedi qu’en mou un lundi. Quand le matin, c’est à moi que t’as envie de parler, quand le soir c’est à toi que j’ai envie de parler. Quand tu ris de mes blagues en soupirant, quand je ris des tiennes en essayant de tout sauf avoir l’air d’une fille vulnérable. Quand je te parle de trucs qui t’intéressent autant que la position du Canada face à l’Équateur, quand je me rends compte que tu m’écoutes. Tu m’écoutes simplement parce que tu en as envie. Quand on se parle de nos problèmes et qu’on trouve des solutions ensemble. Rendu ici, je pense que quelqu’un a mis un peu d’amour entre nous deux. Mais quand je regarde les gens autour, ils me laissent croire que l’amour c’est trop gros pour exister. Simplement trop pour être en vie. L’amour populaire qui existe, il ne me plait pas. Moi j’aime mieux celui qui arrive au début. Celui qui me donne envie de faire juste ça, même si je sais que c’est adolescent comme comportement. Mais c’est lui que j’aime. Pas lui qui est censé arriver après huit mois.

Sache que nous, les amoureuses de l’amour, on aime cet amour neuf. Lui qui vient sans gêne, sans peur et sans regret. Sache que jamais je ne prendrai de décision pour nuire à mon entreprise. En aucun temps, je ne me laisserai convaincre par qui que ce soit ou par quoi que ce soit de prendre une décision qui saurait gâcher tout ce que j’ai accompli. Jamais je ne laisserais quelque chose détruire mon entreprise.

Mais dans le fond, on ne se dira probablement jamais que l’on s’aime. Parce qu’au moment où toi tu le sentiras, au moment où toi tu décideras que tu ne veux plus des choix qui s’offrent à toi, au moment où tu sentiras que tu me perds peu à peu, de mon côté, j’aurai probablement croisé un marchand d’amour neuf. 

 

AM.