Publié le par Andréanne Marquis

 

 

 

Le complot de la shape de plage

 

Parce que ma santé devrait être plus importante pour moi que mon allure dans un crop top. 

 

Je vous épargne la sempiternelle introduction sur le soleil, l'été qui arrive et le mercure qui s'emballe. Hé oui, la saison estivale se pointe le bout du nez… tout comme la pression d'être beach ready pour à peu près quiconque est pourvu d'un corps. Hé oui, c'est de la merde.

Sans même débattre de l'acceptabilité ou non d'un « standard de plage » (la réponse est non), il convient de constater que la définition dudit standard est pour le moins ambiguë. Entre les images de mannequins taille XS dont on est bombardées et les slogans du genre « real women have curves », c'est pas facile de s'y retrouver. Fat-shaming et skinny-shaming se renvoient la balle selon l'humeur du jour – ou plutôt, le produit qu'on a à nous vendre.

On nous fait croire que telle crème nous rapetisse le ventre tandis que telle autre nous gonfle les seins. Il faut faire des squats pour avoir de belles fesses, mais pas trop pour ne pas avoir de grosses cuisses. On doit être mince sans être maigre; être curvy sans être grosse. Pas trop musclée non plus, ça fait masculin. Et que dire de l'alimentation! Sans gras, sans sucres, sans gluten (l'horreur!), sans lactose, sans viande : on est presque aussi sévères envers la nourriture qu'envers nous-mêmes.

 

Parce que le pire dans tout ça, c'est qu'on y adhère. On se botte le derrière pour aller au gym trois fois par semaine et manger santé, non pas pour améliorer notre forme physique, mais pour améliorer notre forme tout court. Assez étonnant que l'apparence soit la raison qui nous motive le plus à nous prendre en mains, plutôt que, je sais pas, augmenter notre espérance de vie? À quoi bon vivre vieux si on est pour vivre laids, hein.

On se regarde, on se scrute, on se déteste. On se dit des choses qu'on n'oserait jamais dire à notre meilleure amie. Si c'est inconcevable de parler aux autres de cette façon, pourquoi est-ce qu'on le fait envers nous-mêmes? Soyons donc meilleurs amis avec notre corps. C'est la relation la plus longue qu'on va avoir ever, aussi bien être en bons termes.

Il faut changer le langage de notre monologue intérieur, mais aussi celui de nos conversations. Avez-vous déjà porté attention au nombre de fois qu'on parle de corps dans une journée? Ça peut être assez hallucinant. Même si ce n'est pas nécessairement négatif à chaque fois, de tels propos renforcent notre obsession et l'idée que l'apparence est importante. C'est un comportement acquis, gentiment enseigné par des industries qui profitent de nos insécurités pour nous vendre des standards de beauté manufacturés. C'est quelque chose qu'on a appris; il serait temps de le désapprendre.

Et pour ce qui est de la plage, nos moments passés les fesses dans le sable – qu'elles soient grosses ou petites – devraient être consacrés à la relaxation, au bronzage, aux pique-niques, à la baignade (une heure après), au ski nautique même si c'est ce qui nous tente. Tout sauf la comparaison de notre physique avec celui des autres.

 

Le véritable summer body, c'est ton corps au soleil, point.

 

Julie Levasseur