Publié le par Andréanne Marquis

 

 

À grands coups de feux de Bengale

 

Moi, à ma fête, c’est non-négociable : je veux un feu de Bengale sur mon gâteau. Sa durée de vie est d’un gros deux minutes, mais pendant ces deux minutes, j’ai un sourire fendu d’un bout à l’autre du visage, et le reflet des étincelles dans les yeux.

On peut allumer des feux de Bengale quand bon nous semble. Pour courir en zigzagant sur un terrain vague une fois la nuit tombée, juste pour se dire que les étoiles peuvent aussi vivre en dehors de l’espace. Le 21 juin, juste parce que souligner l’arrivée de l’été avec un verre de sangria, on trouve que c’est pas assez.

Les feux d’artifices, ils sont grandioses. C’est l’été qu’ils illuminent le ciel, par ces soirées chaudes où le ciel est complètement dégagé. Quand on les regarde, on sent encore la crème solaire et le chlore, souvenir olfactif d’une journée passée sous un soleil de plomb.

 

 

Je me rappelle que quand j’étais petite, j’allais regarder les Grands Feux Loto-Québec pas trop loin de chez moi, et qu’une gentille dame offrait du sucre à la crème à tous ceux qui étaient au rendez-vous, assis sur des chaises pliantes, enroulés dans des couvertes. C’était une compétition entre plusieurs pays qui, au final, déterminait quelle équipe arrivait à offrir le spectacle le plus grandiose avec ses explosions colorées.

Je l’ai rencontré dans un bal masqué.

On s’est vu pour la première fois avant de sauter en parachute.

Nos regards se sont croisés pendant un voyage en Espagne.

J’appelle ça des rencontres feux d’artifice. C’est beau, c’est grandiose, ça en met plein la vue. C’est un peu comme dans les films et ça fait l’envie de bien des gens.

Mais je préfère les feux de Bengale aux feux d’artifice.

J’aime bien me dire qu’on peut faire la rencontre la plus grandiose de notre vie au moment le plus inattendu. J’aime bien l’histoire qu’il m’a raconté au bar, celui-là même où près de quatre ans plus tôt, il rencontrait sa femme. Aujourd’hui, ils ont deux beaux enfants. Un jeudi soir sensé être banal est devenu la soirée où allait débuter le reste de sa vie.

Moi j’accumule les feux de Bengale au lieu d’attendre après un feu d’artifice. Parce que je commence à comprendre qu’une petite étincelle peut révéler un spectacle bien plus grand qu’elle ne le laisse paraître. Parce que le moment où tu rencontres quelqu’un, tu ne le choisis pas, et que ce n’est pas une compétition comme les Grands Feux Loto-Québec.

Puis aussi parce que j’ai envie qu’on se prouve autant de fois qu’on veut que les étoiles peuvent vraiment vivre ailleurs que dans l’espace, à grands coups de feux de Bengale.

 

Maude.