Publié le par Andréanne Marquis

 

 

On a tous le droit à une pause 

 

Dans les derniers temps, j’ai frappé un mur. Un vrai, je crois. 

 

Je ne m’étais jamais sentie comme ça. J’ai toujours été une fille motivée, généreuse, heureuse. Je me suis transformée en fille épuisée, irritable et différente. Je me suis tout de suite diagnostiquée : Fille vraiment fatiguée. À notre manière, on gère toute une forme de PME. Une PME familiale, une PME au bureau, une PME amicale. De mon côté, c’est une entreprise qui grossit, mais que je gère seule. Je me souviens avoir été assise sur le bout de mon divan, en larmes, ayant envie de tout abandonner. Je me lève la tête et je vois ma face dans le reflet de la TV plasma noir et je me dis : « Reprends sur toi. Regarde autour de toi, tout le monde est capable. » La vérité est que tout le monde semble être capable en surface, mais c’est la situation souvent contraire en dessous de leur épiderme.

J’avais soudainement l’impression que j’abandonnais. Que je n’étais pas capable. Mes parents m’ont répété les mêmes phrases tout au long de ma vie. Maman : « Pas capable yé mort. » Mon père : « On fera un pont quand on va arriver à la rivière. »

Eh bien, il y a un moment où j’ai cru que « Pas capable » s’était noyé dans la rivière. Ce qui est fou avec notre époque, c’est qu’on ne se donne plus le droit de douter et de se remettre en question. Quand on parle aux gens de ce que l’on vit, on a souvent le droit à un « Tu te plains pour rien. Regarde la vie que tu as, tout le monde voudrait être à ta place » ou à un « C’est ça l’entrepreneuriat, fille! » ou à un « T’as la vie parfaite! Le chum, les enfants, l’argent! »

 

 

À l’opposé, je crois que ces moments où ta peau devient plus fragile, où ton corps devient plus fragile, où il t’envoie des signes pour te montrer que ça fait beaucoup en même temps, ce sont souvent ces moments qui font grandir les humains que nous sommes. Il faut apprendre à se laisser le droit de voir ces signaux. Se laisser le droit d’appeler sa mère, un mardi matin : « Maman. Je suis épuisée, je pense. » Apprendre à vivre avec nous-mêmes est une très grande forme de maturité.

Parler, c’est apprendre à vivre avec ce que nous sommes. Ce fût, pour moi, me donner la chance d’aller mieux. Les tabous entourant l’épuisement sont tellement grands qu’on en devient malade simplement à y penser. Je vous écris ce texte, les yeux remplis d’eau. Je me suis aussi demandé 50 fois si j’étais certaine de vouloir parler de ce sujet. Au point que j’avais peur d’être lue et que certains voient cela comme un échec. Parce que tsé, une Womance comme moi, dans la description de la société, ça se ne s’épuise pas. Et ces certains-là, ils feront bien ce qu’ils veulent. Une Womance a le droit de se sentir autrement.

 

La vérité, c’est que oui, c’est dur. Oui, on peut s’épuiser. Non, c’est pas juste du beau.

 

À travers les derniers mois, j’ai appris à parler et c’est probablement ce qui m’a gardé sur la map. J’ai pleuré à maintes reprises en parlant à mes parents, à mes amis les plus proches qui m’ont écoutée et conseillée sans me juger. Je me souviens d'avoir dit à mon amie Cynthia : « Merci de m’avoir forcée à sortir dans un bar hier. Tu n’as aucune idée comme ça m’a fait du bien. » Surprenant hein?! Mais elle avait senti que si elle ne me forçait pas, j’allais rester seule et travailler encore et toujours. J’ai appris jour après jour à accorder de l’importance à ce qui en avait vraiment. Je me suis concentrée sur ce qui comptait le plus : ma santé.

Mais par-dessous tout, j’ai écouté chaque petite partie de mon corps et de ma tête quand ils m’ont montré qu’ils avaient besoin de ne plus sentir aucune pression. J’ai parlé et extériorisé tout ce que je vivais, ce qui a permis aux gens qui m’entourent de bien prendre soin de moi.

Je ne crois pas avoir été en dépression. Je ne sais même pas si j’ai été proche, mais je sais que j’avais le droit. J’avais le droit d’être épuisée. En parler à ma famille, mes amis aussi souvent m’a tellement fait du bien. Ils ont rechargé mes batteries qu’avec leurs oreilles et leurs yeux. Ils m’ont appris que j’avais le droit d'être pas toujours au top. 

On a tous le droit à une pause. N’attendez simplement pas d’être au bout du rouleau. Personne n’est parfait, c’est ce qui fait de nous des gens aussi fabuleux. Si vous sentez le besoin d’arrêter, faites-le. Au pire, on fera un pont quand on va arriver à la rivière.

 

 

AM.

 

 

EXCELLENTE PHOTOGRAPHE : Alessandra Jennifer Ross