Publié le par Andréanne Marquis

 

Compliments et microagressions

 

Les espaces publics sont le théâtre de toutes sortes de rencontres. En tant que représentantes de la gent féminine, on a parfois (souvent) affaire à certains personnages dont on aurait préféré se passer… 

 

Rares sont celles à qui ce n'est jamais arrivé de se faire aborder par un inconnu. Bien sûr, ce ne sont pas toutes les rencontres qui se valent en termes de malaise, voire de traumatisme. Le gars dans le métro qui me dit que j'ai des beaux yeux? Outre le fait qu'il doit assurément mentir parce que je ne les lève jamais de mon téléphone : flatteur. Le monsieur sur le bord de la rue qui reluque des pieds à la tête mon amie qui a le malheur de porter une jupe? Dégueulasse. Troublant. Perte d'espoir en la race humaine. 

 

Même que certains de ces énergumènes, non contents du rôle de figurant, insistent pour entamer un dialogue. Quand « Désolée, je ne suis pas intéressée » n'est pas assez, que peut-on faire? Il semble qu'aucune excuse ne soit suffisante, alors qu'on essaie plus ou moins discrètement de tourner le dos/s'enfuir au PC, sans grand succès. 

 

Certaines d'entre nous se résigneront à donner leur numéro de téléphone, espérant seulement que la discussion se termine dans les plus brefs délais. S'ensuit une série de textos à sens unique et d'appels sans réponse jusqu'à ce que l'émetteur se lasse... ou se fasse bloquer. Sinon, il y a toujours le bon vieux « J'ai un chum » (qu'il existe ou non). La majorité du temps, ce n'est qu'à cette condition que le soupirant ou harceleur, selon les cas, daignera nous laisser tranquille. Il semble qu'on se préoccupe davantage du désaccord d'un autre gars que du non-intérêt de la principale concernée. Comme s'il méritait plus de respect que la fille elle-même. Ben coudonc. 

 

« C'est juste un compliment, prends-le pas comme ça! » Non, ce n'est pas juste un compliment si ça rend la récipiendaire mal à l'aise. L'objectif d'un compliment n'est-il pas justement de faire plaisir à l'autre? J'ai visiblement pas de fun. Tu peux arrêter. Je ne t'ai rien demandé et je n'ai surtout pas besoin de ta validation publique. Merci, mais non merci. 

 

Ce que j'essaie de dire (et je ne suis ni la première, ni la dernière à le faire), c'est que les femmes ne sont pas des objets décoratifs disponibles pour la contemplation et l'évaluation de tout un chacun. Elles sont des personnes, et il arrive que des personnes ne veulent pas de ton attention non sollicitée – quelle que soit la motivation. 

 

Si tu veux admirer des œuvres d'art, va au musée. 

 

* À noter que ce texte ne concerne qu'une fraction de la population masculine. À tous les gentils garçons civilisés à qui ça ne s'applique pas, SVP continuez d'exister ; on compte sur vous pour donner le bon exemple. :)

 

Julie Levasseur